Le 13 février 1960, plus de 6 000 hommes sont mobilisés dans le désert Algérien pour le tout premier essai d’une bombe nucléaire Française. L’Algérie alors toujours Française ne voit pas d’un très bon oeil cet essai. La guerre fait toujours rage là bas et le gouvernement français envisage alors un plan B pour continuer ses expérimentations nucléaires.

Pierre Guillaumat, ex-ministre des Armées et son compère Francis Perrin, haut-commissaire à l’énergie atomique, se rendent donc en mission à Ajaccio le 14 avril 1960. Objectif pour prospecter le désert des Agriates, et surtout le massif de l’Argentella (entre Calvi et Galeria), qui serait un endroit propice pour mener de essais nucléaires sous terrains. Pourquoi ce massif ? Parce que c’est là, dit-on en haut lieu, que la qualité des roches et le volume du massif permettent d’absorber dans des conditions réelles de sécurité, des explosions nucléaires de faible importance.

Le gouvernement français tente de rassurer la population Corse: « Ayez confiance ! Ni vous ni votre terre n’avez absolument quoi que ce soit à craindre de telles expérimentations, Les effets sonores de ces explosions seront comparables à ceux d’une mine pour l’ouverture d’une route « 

Dès le 20 avril, des comités de défense contre ce projet se constituent. Ils argumentent entre autre sur le cheminement des eaux souterraines qui est totalement inconnues et qui entrainerait l’empoisonnement de toute la Corse . Le premier Ministre de l’époque, Michel Debré explique alors que ces essais atomiques ne présenteraient pas le moindre danger pour aucun être vivant. D’ailleurs, précise-t-il à destination des Corses, ces tests ‘forcément inoffensifs’ seraient pratiqués par intermittence, uniquement de novembre à avril, soit… hors saison touristique.

Le 28 avril, les Balanins se rassemblent devant la sous-préfecture de Calvi pour manifester son refus. Lors d’un autre rassemblement populaire organisé à Ponte-Novo, le 2 mai, le préfet de Corse Bernard Vaugon tente de calmer le jeu : il précise que le gouvernement à Paris n’a encore rien décidé. Le 6 mai, des mots d’ordre de grève sont lancés dans l’île de Beauté par plusieurs corporations et la population Corse menace d’une grosse manifestation pour le 5 juin en Argentella, menaçant de jeter à l’eau tous les ingénieurs et les agents français qui s’y trouveraient. Dès l’annonce dans le journal de cette menace et sous la pression populaire, le 4 juin le Premier ministre Michel Debré jette l’éponge et annoncera que le projet d’implantation dans le massif de l’Argentella est abandonné

Forte du soutien de nombreuses personnalités politiques non Corses (dont Gaston Deferre, le maire de Marseille) et scientifiques tels que le Commandant Jacques-Yves Cousteau et Haroun Tazieff ), la mobilisation Corse a gagné la première bataille écologique d’Europe. D’ailleurs à cette époque là, le mot « écologie » n’existait pas encore.