Nous avons tous remarqué le durcissement des épisodes météorologiques sur toute l’île depuis quelques années. Mais changeons nous pour autant nos habitudes de consommation?

Quelques chiffres?

20% la diminution du débit des cours d’eau depuis le milieu des années 1980.

38 le nombre d’événements climatiques extrêmes enregistrés entre 1958 et 2017, contre seulement 4 pour les 120 ans précédents.

440 en millimètres, le niveau annuel moyen des précipitations enregistrées au cours des trois dernières années à Ajaccio. Il était de 600 mm sur les trente années précédentes.

225 km/h la vitesse du vent enregistrée dans le Cap Corse en 2020 battant les 213 km/h de 1993 qui était le record absolu. Renforcement du vent qui entrainent des périodes d’inondations plus fréquentes. les périodes de vents sont plus fréquentes d’années en années

1 mètre: l’ élevation du niveau de la mer prévue en 30 ans. Les scientifiques estiment qu’il faudrait repousser la fameuse bandes des 100m à 300m pour interdir toute constructions proches de la mer, les aéroports d’Ajaccio et de Bastia seraient sous les flots en 2050.

augmentation des températures générales d’ici 2050

0.5 à 2°: l’augmentation actuelle de la température de la surface de la mer

Le réchauffement de l’eau va entraîner la multiplication des Medicane. « La température de l’air a augmenté de 1ºC depuis les années 70, explique Pierre Lejeune de la Stareso. Depuis 1981, nous effectuons des mesures en baie de Calvi et depuis les années 90, il se passe clairement quelque chose. »Même constat pour la température des eaux de surface, à peu près stable jusqu’en 2010 et qui depuis, multiplie les « anomalies ».

Et puis il y a la colonne d’eau : « Nous étudions la température sur une profondeur de 100 mètres. Nous avons observé que, jusqu’en décembre, la masse chaude s’enfonce jusqu’à 50 m, ce qui n’existait pas dans les années 1980. Cette eau chaude contient beaucoup d’énergie, qu’elle transmet à l’atmosphère avec de grandes quantités d’eau. C’est cela qui créé un Medicane. » Et d’illustrer : « La tempête Adrian aurait dû, en se rapprochant de la Corse, mourir sur les eaux froides. À la place, elle s’est transformée en une petite tempête tropicale. Il s’était passé la même chose en 2015. »

Cette modification de la colonne d’eau a également des conséquences sur le phytoplancton, premier maillon de la chaîne de vie sous-marine Nous observons que la production de phytoplancton est désorganisée à cause de l’augmentation de la température en surface. »

Pour faire court : le phytoplancton n’est plus produit à la bonne époque de l’année, celle où naissent les espèces endémiques de Méditerranée. En revanche, les larves « aliens » qui n’ont pas le même cycle arrivent pile au bon moment et finissent par s’installer. C’est ainsi que l’on observe toujours plus de raies mantas, barracudas et désormais quelques poissons tropicaux. On observe depuis quelques années, un changement de faune autours de la Corse, si au début par exemple, nous étions encore étonnés de croiser des barracudas, de nos jours nous savons qu’ils se reproduisent ici et considèrent donc la méditerranée comme leur nouvel habitat. Le réchauffement des températures de l’eau aussi entraine une prolifération exponentielles des méduses et on croise de plus en plus de requins blancs ( de couleur plus marron pour la méditerranée ) au large de la Corse

Herbiers de posidonie : une bombe à retardement

Financé par la Fondation Albert II de Monaco, ce rapport a été coréalisé avec l’Université de Corse et l’Office de l’Environnement de la Corse.

On a toujours entendu dire que les herbiers de posidonie devaient absolument être préservés et qu’ils débordaient de bienfaits pour les fonds marins. L’un d’entre eux, et pas des moindres, concerne la captation et l’incarcération par ses herbiers d’une bonne partie du dioxyde de carbone que nous produisons.

« Les herbiers de posidonie sont des éponges à carbone, résume Gérard Pergent de l’Université de Corse, car ils constituent une matte* qui le piège et rejette de l’oxygène. Chaque année en Méditerranée, les posidonies fixent ainsi 11 millions de tonnes de CO2, soit 0,5 % des émissions du pourtour méditerranéen. » et ce depuis 6 à 8 000 ans.

Les posidonies captent 6.6 tonnes de carbone par hectare et par an soit 5 fois plus qu’une forêt. En Corse, ces plantes représentent 53 000 hectares. Mais les températures des aux augmentent depuis plus de 30 Ans maintenant et on a pu apercevoir l’apparition d’espèces tropicales telles que le Barracuda mais aussi le crabe bleu habitué du Pacifique ou de la mer rouge. L’apparition de certaines espèces mettent en péril, la préservation de notre faune et flore sous marine, impactant ainsi sur l’écologie marine.

albert kok, CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0, via Wikimedia Commons

Nous constatons déjà des tempêtes bien plus violentes qu’avant à cause du changement climatique. Selon les experts, on attend une élevation du niveau de la mer d’environ 1 mêtre d’ici 2050. Les mers et les océans absorbent 50% du dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère. Cette captation rend l’eau plus acide et met en péril les coquillages et les larves de certaines espèces.

Le problème, c’est que les herbiers sont menacés, entre autres par le mouillage des bateaux de grande plaisance dont les ancres creusent de longues tranchées stériles. Ce qui risque d’arriver ? Ce n’est guère réjouissant : « Si les herbiers diminuent, leurs capacités de fixation et d’emprisonnement diminuent également, reprend Gérard Pergent. Mais surtout, quand la matte sera mise à nue, des organismes vont s’y attaquer et tout le CO2 incarcéré sera libéré. C’est une véritable bombe à retardement. »

Plus de 7 % des eaux territoriales corses sont aujourd’hui englobées dans une aire marine protégée (AMP). De Bonifacio à Scandola en passant par les îles du Cap, ces zones sont autant de sanctuaires et surtout, de précieux laboratoires. « La Méditerranée est un hotspot à fort risque, estime Jean-Michel Culioli de l’OEC, et de plus en plus de signaux apparaissent : tropicalisation, aliens, mortalité… L’évaluation de la vulnérabilité est essentielle et ce n’est pas que l’affaire des gestionnaires. Il faut l’implication des pêcheurs, des chercheurs… Cinq AMP servent de sites pilotes, dont la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio. Nous avons commencé à monter des workshops pour discuter sur les manières d’anticiper, de suivre et d’évaluer cette vulnérabilité. »

Hausse des températures

Robert Vautard, climatologue et directeur de recherches au CNRS.

« Le rythme actuel du réchauffement donne un climat d’1,5ºC plus chaud environ vers 2040 si on ne fait rien et que le rythme se poursuit, décrypte Robert Vautard. Aujourd’hui, le climat s’est déjà réchauffé de 1ºC sous l’influence humaine. « D’où l’intérêt de regarder ce qui se passe avec un climat à 1,5°C plus chaud parce que c’est une date que beaucoup de gens parmi nous vont vivre. Ce que le rapport montre, c’est qu’un demi-degré entraîne des conséquences très importantes par rapport à aujourd’hui. Un demi-degré, cela nous paraît insignifiant parce que d’un jour à l’autre la température fluctue de plusieurs degrés sous nos latitudes… Mais ce n’est pas du tout la même chose lorsque partout dans le monde et, de manière constante, il y a ce demi-degré supplémentaire. C’est à ce moment-là, exactement comme dans une pièce surchauffée, que cela devient insupportable. »

En corollaire, évidemment, des conséquences pour les écosystèmes. Exemple avec les récifs de coraux dans les régions tropicales : « À 1,5ºC de réchauffement, on perd 70 % des coraux. À 2°C, on les perd tous, c’est une extinction. »

La Corse est un territoire particulièrement exposé au risque d’incendie de forêt. Le dispositif juridique existant de prévention de ce risque présente de multiples mesures en vue d’assurer la sécurité des personnes et des biens sur un territoire. Or, le niveau de risque d’incendie de forêt est susceptible d’augmenter du fait du changement climatique, notamment en raison de l’évolution et de l’extension des écosystèmes liés à ce risque.

on va avoir des alternances de périodes de sècheresse très intenses, des canicules et des périodes de précipitations très fortes… cela on le constate statistiquement depuis les années 2000 », précise Patrick Rebillout, chef de centre Météo France à Ajaccio, « c’est assez difficile d’expliquer aux gens ce que représente une hausse de température de 1,6 degrés. Moi je dis souvent, 1 degré d’augmentation, c’est comme tirer la Corse de 180 km vers le Sud », ajoute Patrick Rebillout.

« La Corse étant au coeur de la Méditerranée, le changement climatique qui touchera l’île ressemblera à celui qui se fera en Italie ou sur les côtes continentales, avec des phénomènes similaires. La Méditerranée est ce que l’on appelle un hot spot du réchauffement climatique, c’est-à-dire un endroit où l’on va avoir énormément d’impacts de par sa localisation géographique et parce qu’elle se trouve dans une zone qui est actuellement un peu une transition entre le climat désertique et le climat des latitudes tempérées. Or, la Méditerranée va passer dans la zone désertique et, du coup, d’un climat habitable à un climat moins habitable. Cela va être, pour beaucoup, lié au phénomène de température avec des vagues de chaleur qui vont être plus extrêmes. On prendra l’exemple de celle de 2017, particulière pour la Corse puisqu’on a eu des matinées à 30°C, du jamais vu. Ce qu’il faut retenir, c’est que 2017 devient désormais la norme. »

Ces températures extrêmes, explique Robert Vautard, sont problématiques de manière générale, pour les aéroports – notamment en termes de navigation aérienne, de roulage par exemple – et les infrastructures, rails, routes.

« L’île étant boisée, elle va nécessairement être impactée par la sécheresse. Et qui dit sécheresse dit appauvrissement de la ressource en eau, risque d’incendies aggravé avec tout ce que cela implique de dangers pour les habitations, sans compter les conséquences d’un point de vue économique sur le secteur touristique, prégnant en Corse. Deuxième point, la biodiversité avec, là encore, une perte prévisible et très importante due à ces événements extrêmes de décalage de bande climatique. On pourrait également y ajouter des rendements agricoles qui seront moins bons.

« Enfin, des effets seront inévitables dans le domaine de la santé, avec la possibilité pour des nouveaux moustiques de se propager, d’ailleurs l’on vient de voir arriver le premier cas humain de virus West Nile dans l’île. En outre, ces phénomènes extrêmes vont forcément creuser les inégalités entre riches et pauvres. »