A paghjella (au pluriel paghjelle) est un chant polyphonique traditionnel Corse, composé de six vers de huit syllabes, où un rythme est recréé à chaque parole et engendre la poésie. Ce chant est généralement chanté par trois hommes ayant chacun un rôle prédéfini :

  • U bassu (qui représente la force) est celui qui a la voix la plus grave.
  • seconda (qui représente la sagesse) est le chanteur principal de la polyphonie (celui qui entonne le chant).
  • terza (qui représente la beauté) est le chanteur avec la voix la plus haute, il amène des ornementations riches plus aigües qui embellissent le chant des autres et termine l’accord.

Pourquoi appelle-t-on d’ailleurs la voix principale « a seconda »? Et bien parce qu’avant, c’était la voix basse qui commençait le chant pour donner la tonalité et ne modulait pas. Ensuite en deuxième commençait donc la mélodie principale. Elle est devenue ainsi « a seconda ».

paghjella au sens strict est un chant profane et non sacré, court (souvent moins de deux minutes), dont les textes sont tirés de la vie quotidienne de l’époque où ils ont été créés. Néanmoins le mode polyphonique était utilisé dans beaucoup de cantiques ainsi le Kyrie Eleison de la messe. Le terme paghjella englobe désormais une tradition profane et sacrée de chant.

Jadis, la paghjella se chantait à l’église ou durant les processions. De nos jours, elle est encore chantée très souvent dans les villages corses et plus que jamais en ville, à l’occasion de fêtes, entre autres.

En dépit de son nom – de paghju: paire – il s’interprète à trois voix. Leur entrée se fait dans un ordre précis : d’abord la Seconda qui porte le chant, suivi par le Bassu qui vient la soutenir; pour finir intervient la Terza qui vient ajouter ses ornements (appelés ribuccati). On retrouve ainsi le schéma fourni par la polyphonie médiévale d’église dans laquelle c’est le cantus firmus qui tient le chant : cette voix de teneur  est elle aussi chantée par le ténor, voix intermédiaire entre la basse (le bassus) et le dessus (le superius). La paghjella est l’un des chants les plus représentatifs de la musicalité corse. Il arrive parfois que cet ordre précis soit bousculé : ainsi dans le « versu aschese » (la façon de chanter à Ascu), c’est le bassu qui commence le chant.

La transmission de la culture Corse est avant tout orale. La poésie se chantait, vibrait au rythme du cœur des hommes. On chante a cappella bien sûr, comme pour faire résonner l’écho venu de l’âme.

En Corse, tout est prétexte à confier ses tourments et ses bonheurs à une mélodie. On chante surtout à plusieurs voix, pour perpétuer l’antique tradition des bergers qui entonnaient, en pleine montagne, des chants à trois voix, les paghjelle. Cependant la paghjella accorde plus d’importance à la voix qu’aux paroles. En général les paghjelle sont des chants âpres, rugueux et violents, soutenus par des voix puissantes. Cette forme de chant est caractérisée par la disposition des groupes de chanteurs, souvent en cercle étroit, et leur attitude individuelle consistant à poser une main sur l’une de leurs oreilles; cette attitude peut avoir deux raisons différentes : soit fermer l’oreille afin d’avoir un retour naturel du chant et permettre ainsi de varier son volume d’écoute en fonction des autres chanteurs, soit au contraire l’ouvrir pour mieux entendre son propre chant. Ces coutumes témoignent de l’extrême symbiose que doivent avoir ces chanteurs. Les chanteurs font une place importante à l’improvisation : un chanteur ne chante jamais une paghjella de la même manière qu’un autre.

Le 1er Octobre 2009, la paghjella a été classée au u patrimoine mondial de l’humanité par le comité de sauvegarde du patrimoine immatériel de l’UNESCO

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