L’étang de Biguglia est le plus vaste étang côtier de l’île. Il s’étend sur 1 450 ha, avec une longueur de 11 km du nord au sud pour une largeur maximale de 2,5 km. Sa profondeur moyenne est de 1 m.

Il occupe la majeure partie de la plaine de la Marana, longeant un cordon littoral (lido de la Marana) de moins d’un kilomètre de large qui le sépare de la mer Tyrrhénienne. Du sud au nord, l’étang se trouve sur les communes de LuccianaBorgoBiguglia et Furiani où il est relié à la mer Tyrrhénienne par un étroit chenal d’environ 1,5 km, le gra1. Au sud, deux fossés le relient au Golo.

Il est subdivisé en deux bassins séparés par la presqu’île de San Damiano. La partie septentrionale appartient à Furiani (grau, fortin de Biguglia jusqu’à Tombulu Biancu), et à la commune de Biguglia. Le bassin méridional appartient à Borgo. L’extrême sud de l’étang avec les deux fossés le reliant au Golo appartient à Lucciana.

Le bassin versant de l’étang est situé sur une zone de schistes lustrés et d’alluvions anciennes. Il est alimenté par cinq cours d’eau : la rivière Bevinco, le fossé de Borgogna, le ruisseau de Pietre Turchine, le ruisseau de Rasignani et le ruisseau de Mormorana.

L’étang lui-même est d’origine lagunaire : il est apparu par remaniement marin des alluvions du Golo il y 6 000 ans ; ses pourtours sont constitués d’alluvions récentes, à l’exception de l’île San Damianu, tâche d’alluvions anciennes, et du lido de la Marana, constitué de sables.

Du fait de sa vaste étendue, l’étang de Biguglia prend un intérêt écologique exceptionnel sur tout le bassin méditerranéen pour la faune et la flore aquatique ainsi que pour les oiseaux.

La lagune est située dans deux sites Natura 2000 : une Zone de Protection Spéciale et un Site d’Importance Communautaire

L’étang abrite également une importante population de Cistudes d’Europe, tortue d’eau douce protégée et compte plus de 480 espèces végétales dont certaines sont rares et menacées comme l’Hibiscus à cinq fruits ou la Fougère des marais.

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Même si l´existence de cette zone humide s´inscrit sur une longue période, son histoire débute réellement durant l´antiquité. En effet, Marius fonde une colonie romaine constituée de vétérans de la légion vers 100 av. J.C. dans le but de contrôler l´île. Il base sa colonie au sud de l´étang.
Cette vaste étendue d´eau constituait sûrement un grand port bien abrité des vents d´est.

L’origine du fortin remonterait au seizième siècle, époque durant laquelle il est le théâtre de la bataille d’Ischia Nova qui oppose, en décembre 1558, les troupes du roi de France à celles de la République de Gênes qui s’y étaient retranchées. Par la suite, l’îlot est occupé par de modestes cabanes jusqu’à l’édification, en 1683, d’une partie des bâtiments encore visibles aujourd’hui. Cette nouvelle construction, due à l’initiative de Iohannes Iacobo Monsia, gouverneur génois de l’époque, abrite notamment l’habitation du fermier de l’étang et l’îlot sera utilisé comme lieu d’activité de la pêche en lagune ; il deviendra « l’île aux pêcheurs ».

Cette ancienne place forte qui faisait partie d’un dispositif mis en place par les Génois pour la défense de Bastia au xvie siècle, attaquée par onze galères du duc François de Guise, mille hommes, et plus d’autres renforts, a été détruite lors de la bataille d’Ischia Nova en 1558. Le Génois Ravaschiero Ettore qui en commandait la garnison, s’était rendu aux Français.

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A ATRAVATA Ces battues semblent avoir été organisées à la fin de la Seconde Guerre mondiale, quand la pénurie alimentaire était forte pour les citadins. Elles consistaient à abattre des oiseaux posés sur le plan d’eau en les approchant à bord de « plates », embarcations à fond plat utilisées pour la pêche sur l’étang, conduites par des pêcheurs et à bord desquelles se trouvaient deux ou trois chasseurs. Il est venu le temps des moteurs hors-bord qui ont supprimés la navigation à rames et ont rendu l’approche du gibier plus rapide. Du fond des deux bassins composant l’étang, la battue démarrait « en ligne ».

La travata est bien vite devenue une chasse traditionnelle, organisée à l’approche de Noël pour fournir aux Bastiais un mets qu’ils ont appris à cuisiner et à apprécier : le civet de macreuses aux olives, servi avec des lasagnes.

Cette pratique aujourd’hui interdite et disparue, se faisait sur autorisation préfectorale. Elle a vu sa fin en 1979 (ou 1980 ?). Elle rassemblait non seulement les barques plates des professionnels, mais aussi de petits canots à moteur de particuliers. Les oiseaux par milliers, macreusesmilouins et morillons essentiellement, prenaient leur envol à l’approche des embarcations pour fuir les plombs et s’éloigner en mer. Tout le long du lido un cordon de chasseurs, venus de toutes parts, les attendaient !

L’écomusée de la Réserve naturelle de l’Étang de Biguglia a été inauguré le 11 juin 2011.

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L’étang dont l’eau est saumâtre, a été exploité pour les nombreuses espèces de poissons (mulets, anguilles, loups, dorades, etc.), coquillages (palourdes, coques) et  crustacés (crabes) qui le fréquentent.

La liaison avec la mer est maintenue de façon permanente en vue afin d’assurer la migration saisonnière des poissons ainsi que la productivité de l’alevinage naturel.

Avant que le département de la Haute-Corse ne l’acquière en 1988, l’étang était exploité par deux familles de pêcheurs professionnels qui se partageaient les bassins. Depuis, seule la pêche professionnelle est autorisée avec une fermeture périodique de l’étang. Elle reste une activité importante sur l’île aux pêcheurs.

Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0. Source : Article Étang de Biguglia de Wikipédia en français (auteurs)